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[Retour lieux hantés]

Correspondance d'une petite-fille de sourcier bourguignon

A la lecture de notre reportage sur le Morvan mystérieux et ses pierres de légende, nous avons reçu deux messages d'une lectrice, originaire et nostalgique de la région, pour témoigner de plusieurs légendes, attribuées aux facéties de l'au-delà. Descendante d'une famille d'artistes, dotés d'étranges pouvoirs, elle pose un regard prudent mais néanmoins intrigué et poétique sur les histoires surnaturelles de sa campagne natale, en Saône-et-Loire. Jouant les guides touristiques au pays de l'insolite, elle partage avec nous ses souvenirs d'enfance et ses rêves. De la vouivre à la galipote, elle nous conduit sur des chemins de traverse, entre Givry et Buxy, à la découverte de monuments énigmatiques et de mystérieuses rencontres. Quel bonheur quand nos lecteurs s'improvisent chasseurs de fantômes ! Merci !

"Bonjour,

J'ai accédé par hasard à votre site j'ai trouvé fort intéressant. J'ai moi-même été élevée en pleine Bourgogne sur la route des vins et, vivant à Paris, j'ai souvent la nostalgie du pays de mes ancêtres. Vous mentionnez dans un passage (très amusant) la légende de Couches dont les alentours étaient hantés par un monstre volant. Etant de la région, je connais bien cette légende. Plus haut dans l'article, vous parlez de la Wivre. Et bien, le monstre du village de Couches est également cette Wivre, que nous appelons la vouivre, dans le Chalonnais. Partout où il y a de l'eau, on dit qu'il y a la vouivre. C'est la gardienne des sources. Quand on parle de trésor, il s'agit en réalité de l'eau. L'eau, la vie, la vouivre, c'est la même chose. Et c'est un trésor, car sans eau, pas de vie.

Mon grand-père qui m'a élevé était sourcier. C'est de lui que je tiens ce que je vous dis. Nous avons nos racines dans le village de Rosey, sur la route des vins qui va de Givry à Cluny. Dans le village, sur les hauteurs, il y a le lavoir de Nourrice (1). Ce lavoir est décrit comme étant en arc de cercle. Les anciens du village ne sont plus désormais et même mon grand-père, dernier des anciens à parler le patois bourguignon de cette région, est mort. Ma version de la forme du lavoir est toute autre : il y a une légende qui parle d'une lavandière et d'un prince et qui dit que le lavoir a été construit en forme de cœur pour cette lavandière.

Une autre histoire : celle du village d'à côté, Saint-Désert. En haut de sa plus haute colline existe un moulin. Selon la légende, il aurait été détruit par la foudre et reconstruit par le diable, voulant en échange l'âme du meunier. Celui-ci plus rusé que le diable, gagna la reconstruction de son moulin et parvint à garder son âme. Ce qui est curieux, c'est que ce moulin avait été laissé à l'abandon et devint une ruine. Il y a quelque temps, j'avais rêvé qu'il serait reconstruit, remis en état. Cet été, je suis allée en Bourgogne et rendant visite à un de mes vieux amis, j'ai appris qu'en effet, c'était désormais le cas !

C'est la même chose pour une petite chapelle qui abrite un saint méconnu, Saint Bartaud. J'aurais du mal à vous situer cette chapelle (2). Elle se trouve vers Villeneuve-en-Montagne, un peu à l'écart. J'avais rêvé un jour de cet endroit alors que je n'y étais jamais allée et, dans mon rêve, je donnais de l'eau à boire aux personnes qui faisaient les travaux dans cette chapelle. L'année suivante, ma mère m'y conduisit, ayant trouvé l'endroit ravissant. Je vous laisse imaginer ma surprise quand j'appris qu'on venait tout juste d'y réaliser des travaux. Le gisant est superbe, cela vaut le détour.

J'ai un rêve en suspens qui concerne une abbaye en ruine où l'accès à la nef est protégée par une porte de bois sculptée, avec des personnages un peu torturés, que je décrirais comme essayant de s'extirper. Des âmes en peines ? Si vous avez une piste, répondez-moi ! Je cherche depuis très longtemps. Si vous voulez plus de précisions, je vous les donnerai.

Bien à vous.

S. J."

Jeudi 9 février 2006

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"Bonjour,

Je suis revenue sur votre site pour en prendre davantage connaissance. C'est un simple mot clef qui m'y a conduit. Je n'avais pas saisi "l'importance de vos travaux". Personnellement, je ne suis pas particulièrement fascinée par l'occulte et, ayant du côté de mon père un autre grand-père prestidigitateur, ventriloque et marionnettiste, malgré mes propres expériences insolites, je reste prudente. Quoi qu'il en soit, les points communs que nous avons me poussent à dire que nous sommes, en quelque sorte, de la même "famille".

Je me dois donc de compléter les informations que je vous ai transmises. Et puisqu'il s'agit de fantômes à proprement dit, je vous fais part cette fois-ci de la légende de la "galipote" (3). Enfant, mon grand-père bourguignon (et sourcier celui-ci !), me racontait que pour accréditer les théories chrétiennes (enfer, fantômes, démons....), le curé de Saint-Désert (71) payait une jeune fille pour qu'elle court sur le mur du cimetière du village. Tout le monde, ou presque, y crut pendant un temps au moins et s'accordait à dire qu'il s'agissait de la galipote.

En Bourgogne, les galipotes sont des esprits présents sur certains lieux pour éloigner les visiteurs, notamment à des heures précises.

Lorsque j'étais enfant, mon grand-père me racontait son histoire de curé, la prenant alors pour une légende lointaine et oubliée. Il en riait d'ailleurs beaucoup et ajoutait que le curé était une sacrée fripouille qui n'avait rien trouvé d'autre pour remplir son église !

Cependant, environ 7 ou 8 ans avant sa mort, il eut envie de se rendre dans les bois de la commune de Buxy où nous allions d'ailleurs ensemble très souvent. Mais ce jour là, la légende devint réalité. Et bien que très courageux, je vis mon grand-père revenir de son escapade très pâle et très perturbé. Je ne saurais pas vous dire à quel endroit il l'a vue. Je sais seulement qu'il a vu une forme blanche s'élever, comme sortant du sol. La forme qui, selon lui, ressemblait un peu à une fumée ou un voile blanc, se mit à gambader. Et tout à coup, elle rentra à nouveau dans le sol pour disparaître.

Mon grand père m'a dit s'être senti très troublé à ce moment-là et pas seulement par la peur que lui avait fait l'apparition. Ainsi, il se résolut à faire demi-tour tout net et à rentrer.

Je me suis renseignée ensuite. C'est ainsi que j'ai su, des années plus tard, qu’il avait vu la véritable galipote…

Ces esprits, qu'on appelle aussi les "gardiens du seuil", se retrouvent en divers endroits. Peut-être des lieux sur lesquels se sont déroulés des événements chargés de sens. Anciens lieux de cultes ? Je ne le sais précisément. Mais c'est en tous cas pour veiller à ce que les vivants ne viennent pas déranger ces lieux.

Si vous vouliez retrouver l'endroit, le bois de Buxy est, il est vrai, assez grand. Mais je crois en tout cas que c'était dans mon coin qui se trouve à gauche de la route qui le traverse, reliant Saint-Désert à Buxy.

A bientôt.

S. J."

Vendredi 10 février 2006

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(1) Ce lavoir du XIXème siècle, de forme semi-circulaire, est couvert de laves.

(2) Après enquête par nos soins, il s'agit de la Chapelle Villard (du nom de l'ancienne commune, la Chapelle-de-Villars, qui a fusionné avec Villeneuve-en-Montagne, au milieu du XIXème siècle), datant du XIVème siècle et abritant le gisant de Saint-Barthaut.

(3) Dans son livre Les demeures de l'impossible (éditions Rombaldi, 1978), Daniel Réju attribue la légende de la galipote au fantôme de la petite Jeanne d'Orville, abandonnée par sa famille et morte de la lèpre à Meursault. Elle avait été contaminée par son père malade à son retour des Croisades. "Depuis, en Bourgogne, son fantôme apparaît parfois, chevauchant un petit âne blanc, et toujours il annonce un malheur quelconque, une catastrophe ou une guerre." Ses apparitions auraient donc précédé le drame de Courrières en mars 1906 (explosion d'une mine) et les deux guerres mondiales. Elle fut aussi aperçue par des habitants de la commune de Corpeau, près de Chagny, toujours avant des malheurs.

>> Lire : Le Morvan et ses pierres de légende

Crédits photographiques & trucages numériques : Olivier Valentin

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