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A nouveau sur les routes de la France
mystérieuse, le chasseur de fantômes Erick Fearson a repris son bâton de
pèlerin pour se rendre au cœur de la Basse-Normandie hantée.
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Accompagné par
Michel de Grèce,
écrivain et grand connaisseur d'histoires de fantômes, il a
sillonné la Manche, le Calvados et l’Orne à la recherche des
lieux les plus énigmatiques. Prenant garde à ne pas céder aux
tentations de l’imagination, il nous confie ses ressentis dans
un carnet de route exclusif, publié en plusieurs épisodes sur
Maison-Hantee.com. Au programme de cette première partie : un
château hanté et un propriétaire secret, une abbaye inaccessible
et son prêtre-fantôme, une forteresse inexpugnable et son
cortège d’oies facétieuses. Trois sites majestueux dans la
Manche, hors des
sentiers battus, qui refusent de livrer leurs énigmes, malgré un
lourd passé et une atmosphère chargée. Veillant scrupuleusement
à investir ces lieux insolites en toute légalité, Erick Fearson
et Michel de Grèce ont partagé leur expérience de l’invisible.
Plongés dans les décors surnaturels des meilleurs contes de fées
ou d’histoires de revenants, ils témoignent de leurs rencontres
avec l’étrange. |
Sous la plume franche et palpitante de
notre guide Erick, voici le récit et les photographies des premiers
jours d’un ghost tour inédit au fil de la D900, route des
fantômes manchois…
Textes et photographies par
Erick Fearson
Avec la complicité de Michel de Grèce
Première étape : Le
Château de Martinvast, à quelques kilomètres au sud de Cherbourg,
dans le Cotentin. Nous sommes attendus en fin de journée par le
propriétaire des lieux, le Comte Christian de Pourtalès-Schickler. Nous
passerons la nuit là-bas. Je dis bien "nous" car, une fois n’est pas
coutume, je suis exceptionnellement accompagné lors de cette aventure.
Mon compagnon de route n'est autre que Michel de Grèce, historien,
romancier à succès et grand amateur de fantômes devant l’éternel. La
route est monotone, mais mon esprit est déjà là-bas. Je salive des
"rencontres" invisibles que je pourrais y faire.
Cherbourg, 18 heures. Le train de mon
complice arrive à l’heure. Nous sautons dans la voiture et, sans plus
tarder, fuyons l'austérité de Cherbourg. Direction Martinvast par la
D900, un axe majeur de notre route des fantômes.
Un décor de film gothique
Château de Martinvast. Incroyable bâtisse qui s’offre à nos
regards émerveillés. Malgré le mélange de style et donc d’époque, il se
dégage de cette demeure une sorte d’harmonie. Cependant, un aspect
néo-gothique se détache du reste de la construction. Architecture digne
des plus grands films de la mythique société de production anglaise, Hammer. J’aime ! Il ne fait aucun doute que celui-ci est "habité". Je le
sais, je le sens déjà !
Le seigneur du lieu nous accueille et nous
invite à partager sa table pour le dîner. Nous serons accompagnés,
dit-il, d’une de ses amies. Tout naturellement, nous acceptons. Ce qui
me permettra d’aborder les histoires de fantômes liées à sa
demeure. Nous prenons place dans nos appartements. Comme nous sommes les
seuls à occuper le château cette nuit - exception faite des spectres ! -,
nous avons le choix des chambres. Privilège dont je profite pleinement,
bien évidemment. J’opte pour une chambre spacieuse. La pièce est décorée
de meubles massifs aux couleurs sombres. Dans l’angle, trône l’imposant
lit à baldaquin. Devant la cheminée, un petit salon en velours rouge. Une tapisserie représentant un crâne entouré de
deux poissons à l’air féroce orne l’imposante cheminée de pierre.
Étrange symbolique en vérité ! Mon regard se promène entre les meubles
gothiques et s’arrête un instant sur le portrait d’un ancêtre accroché
au mur. Il semble veiller sur le dormeur de passage. Le décor est
planté. Mais je ne dois pas laisser mon imagination s’enflammer à la
vision de cette chambre qui pourrait être le théâtre d’une des
meilleures histoires de fantômes. Cependant, j’ai l’intime conviction
qu’il y a du monde dans cette pièce, bien que je sois seul ! On
m’observe… C’est du moins le fort sentiment qui m’habite. Il me tarde
d’explorer ce château, mais je dois me préparer pour le dîner.
Dîner aux chandelles
Durant ce repas de produits de la mer
(proximité de la côte oblige !), le Comte de Pourtalès nous donne des
précisions sur l’histoire de ce château.
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Aux mains de la
famille depuis presque deux siècles maintenant, il fut
reconstruit par Barthole du Moncel, de 1579 à 1581, après la
destruction du premier château lors de la guerre de cent ans. Il
s’agissait à l’époque d’une aile encadrée de deux gros pavillons
carrés. De l’époque médiévale, seul le donjon fut conservé. De
1820 à 1867, il fut restauré par son descendant le Comte
Alexandre du Moncel, maréchal de camp et pair de France, pour le
rendre habitable. Il le flanqua de quatre tours, supprima les
douves et assécha les marécages. En 1867, il fut vendu au
banquier de la famille royale de Prusse à Berlin, le Baron
Arthur de Schickler qui le transforma en château néogothique. Il
ajouta une galerie médiévale au nord et l’édification d’une aile
du même style reliant le donjon à la construction XVIème
siècle. C’est l’architecte anglais William Henry White qui fut
chargé de la tâche. Il avait déjà réalisé de nombreux immeubles
à Paris ainsi que la reconstruction du château de Bizy à Vernon
dont le propriétaire n’était autre que le frère d’Arthur, le
Baron Fernand de Schickler. |
Malheureusement, l’ombre néfaste de la
deuxième guerre mondiale s’est abattue sur l’édifice. En 1944, une bombe
incendiaire brûla la partie XVIème siècle tandis qu’une bombe
soufflante détruisit la moitié de l’aile néogothique datant au XIXème
siècle. La famille sauva des décombres ce qui pouvait être récupéré.
Autrement dit, pas grand-chose…
Sitôt après la guerre, la Comtesse Hubert
de Pourtalès, fille du Baron Arthur de Schickler, sépara des ruines la
partie de l’aile néogothique encore intacte. Cependant, il fallut
attendre l’acquisition de la demeure en 1962 par son petit-fils,
l’actuel propriétaire, le Comte Christian de Pourtalès, pour voir la
résurrection de la bâtisse. Travail admirable s’il en est ! Le Comte
entreprend en 1967 la restauration de l’aile et du château XVIème. C’est
ensuite la construction d’une galerie de liaison destinée à relier cette
aile avec la partie intacte du château XIXème, dès 1995. Tel le phénix
renaissant de ses cendres, le château retrouve lentement mais sûrement
sa splendeur d’antan.
Et les fantômes dans tout ça ? Car c’est
une certitude, mon sixième sens me dit que nous ne sommes pas seuls ici.
Malheureusement, j’ai beau m’évertuer à lancer le Comte sur le sujet, il
ne dit mot. Peu loquace, j’abandonne après quelques essais infructueux.
Qu’à cela ne tienne, je me débrouillerai seul. Car ce château me semble
bien hanté ! Mes intuitions me le chuchotent à l’oreille, d’autant plus
que Michel partage mon sentiment. Est-il utile d’ajouter que les
habitants de la région colportent d’étranges histoires de hantises liées
à la demeure ?
M. de Pourtalès propose de nous faire
visiter les lieux le lendemain matin. Nous acceptons avec plaisir,
rongeant mon impatience. Après le dîner, chacun regagne ses quartiers.
Il est 23h et naturellement, il m’est impossible de dormir de si bonne
heure. D’autant plus que s’offre à moi un territoire inexploré,
vraisemblablement peuplé de créatures nocturnes. Elles m’attendent. Je
ne peux résister à l’appel de l’inconnu.
Une nuit bien agitée
Armé de ma lampe torche, de mon détecteur
de champs électromagnétiques et de mon appareil photo, je m’aventure en
silence dans les sombres couloirs du château.
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Déjà
impressionnant à la lumière du jour, le décor se révèle
grandiose dans l'obscurité. Debout dans l’ombre, en haut de
l’escalier, je devine une silhouette ! Immobile, elle me fixe.
Je pointe le faisceau de ma torche vers cette forme humaine. Une
armure... Réminiscence des lectures mystérieuses de mon enfance,
je me plais à imaginer qu’à l’intérieur se trouve un homme qui
m’observe. Je résiste à l’envie irrésistible de vérifier, car si
l’armure est vide, je serai forcément déçu ! Je préfère laisser
vagabonder mon imagination. Souvent, elle peut dévoiler une
vérité plus profonde que la réalité elle-même, alors illusion.
Et puis notre société matérialiste s’acharne tellement à
annihiler toute forme de mystère, que la réalité, du moins celle
qu’on veut bien nous faire croire, en devient insipide et
exempte de toute beauté. Vidée de l’étrange et de son mystère,
la réalité d’aujourd’hui nous appauvrit l’esprit et l’âme. Sauf
pour celui qui sait ouvrir les yeux. Enfin bref ! Je rattrape
mon imagination et continue mon exploration… |
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Dans une semi-pénombre, j’avance lentement
mais sûrement. J’admire les nombreuses armes et les œuvres exposées.
Atmosphère très anglaise. On pourrait s’attendre à croiser, au détour
d’un pilier de pierre, Christopher Lee, l’inoubliable interprète de
Dracula. Tout mes sens sont en éveil, surtout le sixième ! Je suis seul
et pourtant, je me sens une présence invisible. Rien
d’oppressant ou de ténébreux. Je suis plutôt rassuré. Cette
présence est juste là. Elle m’observe. Il est plus de minuit et
l’envie de prendre l’air se fait ressentir.
Je suis là, sous la lune, au milieu de
nulle part et j’apprécie la vision de cet immense navire néogothique qui
semble déchirer les ténèbres pour mieux se montrer. J’immortalise par la
photo ces pierres indéracinables. Il est l’heure de
rejoindre les bras de Morphée car demain le réveil sera matinal.
Il est quatre heures vingt quand je suis
subitement réveillé par je-ne-sais-quoi ou plutôt… je-ne-sais-qui !
J’allume subitement la lampe de chevet. Cette impression de ne pas être
seul est toujours présente. Je balaye la pièce du regard. Au pied de mon
lit, deux petites filles en robes du XIXème siècle se trouvent là ! Ce
sont deux sœurs jumelles habillées à l’identique. Immobiles, elles
semblent me fixer de leur regard étrange et hypnotique. Fascinant ! Je
dois avouer que je ne les avais pas remarquées quand je me suis installé
dans la chambre. Leur portrait, - car il s’agit bien d’un portrait ! -,
accroché là sur le mur et dessiné au crayon, est d’une grande finesse.
Leurs yeux "magnétiques", admirablement crayonnés, semblent
percer mon âme. Des ancêtres du Comte, apprendrai-je le lendemain.
Le secret du château
Il est huit heures quand je me réveille.
Je prends un petit-déjeuner rapide. Dehors, un ciel comme je les aime :
chargé de nuages noirs… Quelques rayons solaires déchirent ces masses
cotonneuses et ténébreuses pour mieux mettre en lumière l’architecture
de ce domaine. Je sors prendre quelques clichés avant la visite du
château prévue par mon hôte.
Durant la visite, je relance timidement le
Comte sur les fantômes du lieu. Toujours aussi peu bavard. J’abandonne.
Et pourtant, les ressentis que j’ai eus et les sources que je possède
sur Martinvast semblent bien me confirmer la hantise. Quelques
précisions s’imposent…
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Le spectre qui
hante ce lieu retiré est celui d’une jeune femme. Sa présence
est récente puisque ses premières apparitions datent de 60 ans
maintenant. Elle se manifeste la nuit, en déambulant parmi les
couloirs, les salons et les chambres du château. Aux dires de
certains, elle apparaît toutes les nuits de la Saint Jean,
durant le solstice d’été donc, en réclamant de l’huile ! Après
quelques déplacements furtifs dans la pièce, elle s’évanouit
dans les airs. Pourquoi cette étrange requête ? Que veut-elle
réellement nous dire ? |
Nul n’a compris ce que sa présence pouvait
bien signifier. Et qui est-elle ? Les habitants de la région disent
qu’il s’agirait d’une jeune femme morte au château, dans des conditions
mystérieuses, pendant la seconde guerre mondiale. Devant les récurrences
de l’apparition, si j’en crois mes sources, les propriétaires de
l’époque ont baptisé cette jeune femme d’outre-tombe, Sophie.
Il semble que le lieu possède un autre
fantôme, mais plus rare que Sophie, qui se révèle sous la forme d’un
jeune homme. Il se manifeste brièvement dans certaines pièces du
château. Qui est-il ? Pourquoi se manifeste t-il ? Personne ne le sait.
Mais il n’aurait aucun lien avec Sophie. Malheureusement, il m’est
impossible d’enquêter plus en profondeur car toutes les archives de la
demeure ont brûlé durant l’incendie de 1944 et le propriétaire de
l’époque, un cousin du Comte de Pourtalès, est décédé quelques mois
après la vente de la bâtisse. Le secret est parti en fumée et dans la
tombe !
Onze heures. Il est temps de repartir pour
notre prochaine étape. Sur la route, nous passons à
Saint-Sauveur-le-Vicomte et à proximité de son château. Petite ville située au cœur de la
Manche qui a vu, en 1808, la naissance de l’écrivain du surnaturel, le
talentueux Jules Amédée Barbey d’Aurevilly. Plus précisément, le jour
des Morts. Inoubliable auteur de L’Ensorcelée et des
Diaboliques, deux œuvres magistrales qui dépeignent si bien le côté
obscur et étrange de la région.
La messe inachevée d'un
prêtre fantôme
Avant d’atteindre le village de Créances,
situé à côté de la lande de Lessay, considérée comme la lande la plus
hantée de France, nous décidons de faire un détour et de prendre un
chemin de traverse. Il nous mène à Neufmesnil, là où siège l’Abbaye
de Blanchelande, réputée pour sa hantise. Ce lieu abrite le
fantôme maudit de l’abbé de la Croix-Jugan, si bien décrit par Barbey d’Aurevilly
dans son Ensorcelée. Il fut tué d’un coup de pistolet dans la
nuque. Depuis sa mort, il revient dire la messe la nuit, dans l’église
illuminée d’une lueur rouge quasi-surnaturelle. Vers la fin de cette
messe d'outre-tombe, l’homme d’église semble avoir du mal à
trouver ses mots. Il bafouille en pleurant, laisse glisser le calice de
ses mains et se dirige vers la sacristie avant de disparaître. Voici
comment le décrit l’auteur, par l’intermédiaire de Pierre Cloud,
personnage de son roman et témoin de la scène :
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« … il était
criblé de trous par lesquels on pouvait ajuster son œil. Pierre
Cloud y guetta donc, comme il avait guetté tant de fois, en
rôdant par là, le dimanche, quand il voulait savoir où l’on en
était de la messe, et alors il vit une chose qui lui dressa le
poil sur le corps, comme à un hérisson saisi par une couleuvre.
Il vit, nettement, par le dos, l’abbé de La Croix-Jugan debout
au pied du maître-autel. Il n’y avait personne dans l’église,
noire comme un bois, avec ses colonnes. Mais l’autel était
éclairé, et c’était la lueur des flambeaux qui faisait ce rouge
des fenêtres que Pierre Cloud avait aperçu de l’échalier. L’abbé
de La Croix-Jugan était, comme il y avait un an à pareil jour,
sans capuchon et la tête nue ; mais cette tête, dont Pierre
Cloud ne voyait en ce moment que la nuque, avait du sang à la
tonsure, et ce sang, qui plaquait aussi la chasuble, n’était pas
frais et coulant, comme il était, il y avait un an, lorsque les
prêtres l’avaient emporté dans leurs bras…(…) Il n’y avait que
lui à l’autel... Ni répondant, ni diacre, ni chœuret. Il était
seul. Il sonna lui-même la clochette d’argent qui était sur les
marches quand il commença l’Introïbo. |
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Il se répondait à lui-même comme s’il
avait été deux personnages ! Au Kyrie eleison, il ne chanta pas...
C’était une messe basse qu’il disait... et il allait vite. Moi, je ne
pensais rien qu’à regarder. Toute ma vie se ramassait dans ce trou de
portail... Tout à coup, au premier Dominus vobiscum qui l’obligea à se
retourner, je fus forcé de me fourrer les doigts dans les trous qui
vironnaient celui par lequel je guettais, pour ne pas tomber à la
renverse... Je vis que sa face était encore plus horrible qu’elle
n’avait été de son vivant, car elle était toute semblable à celles qui
roulent dans les cimetières quand on creuse les vieilles fosses et qu’on
y déterre d’anciens os. Seulement les blessures qui avaient foui la face
de l’abbé étaient engravées dans ses os. Les yeux seuls y étaient
vivants, comme dans une tête de chair, et ils brûlaient comme deux
chandelles... ».
Tout cela n’est qu’un roman, me
direz-vous, chers amis lecteurs ! Pas si sûr... Car dans les notes de
l’auteur et dans sa correspondance, on a retrouvé de nombreux documents
qui confirment la véracité de certaines étrangetés liées à la région.
Notamment la hantise de Blanchelande. Barbey d’Aurevilly s’inspirait
largement de la réalité pour écrire ses histoires. D’autant plus que
l’on sait la fascination qu’exerçait cette hantise sur l’homme de
lettres et l’attention qu’il portait sur les témoignages des personnes
ayant vécu cette mise en scène spectrale. Notons aussi que l’auteur s’est
laissé enfermer plusieurs fois dans l’église pour espérer assister à
l’étrange messe. Malheureusement, l’apparition étant aléatoire, jamais
il n’en fut le témoin. Car le spectre de l’abbé apparaît uniquement les
nuits où sonnent les neufs coups de l’introït. Autrement dit, à des
dates irrégulières.
Plus récemment, le témoignage d’un fermier
qui logeait dans une partie de l’abbaye nous laisse à penser que le lieu
est toujours hanté : « Tous les soirs, entre 21h et 22h, on entendait
trois coups secs donnés sur le plancher de la cuisine. Ces coups se
répétaient à intervalles réguliers. Quelquefois, on aurait dit quelqu'un
qui descendait l'escalier. Or, à plusieurs reprises, nous sommes montés,
nous avons cherché partout, dans tous les coins et recoins, et jamais
nous n’avons découvert quoi que ce soit ».
L’Abbaye de Blanchelande fut édifiée en
1154 par le baron Richard de La Haye du Puits et son épouse Mathilde de
Vernon, dame de Varenguebec. Elle devint une abbaye de Prémontrés. La
révolution marqua la dissolution de l’abbaye. L’église ainsi que le
cloître médiéval furent détruits. Cependant, Blanchelande ressuscita au
19ème siècle grâce à la Comtesse de Robersart, fille du Duc de Praslin.
Elle entreprit quelques restaurations, notamment celles du logis
abbatial de 1740 qui comprenait une salle à manger avec boiseries
sculptées ainsi qu’un salon richement décoré. Jusqu’en 1980, l’abbaye
fut connue pour les nombreux services offerts à la population par les
sœurs auxiliatrices du Purgatoire. Dans les années 90, Blanchelande fut
vendue aux Anglais. Début des années 2000, elle changea de propriétaire
mais resta entre les mains d’une famille britannique. Il y a deux mois,
elle fut vendue une nouvelle fois.
Malgré le travail effectué en amont, il
m’a été impossible de contacter le nouveau propriétaire de Blanchelande
pour en savoir plus et visiter le lieu. J’espère cependant que notre
passage à l’improviste nous permettra d’approcher le domaine.
Défense d'entrer
Nous voici enfin à l’abbaye face à
l’infranchissable porte Saint Nicolas. D’autant plus infranchissable
qu’un homme en garde l’entrée. Nous engageons la conversation et, très
vite, nous comprenons qu’il nous sera impossible de franchir la
frontière nous séparant du monde de l’invisible. Car, en ce lieu,
l’invisible est palpable, même à l’extérieur de l’édifice. Hélas,
aujourd’hui, un photographe anglais réalise une séance photo à
l’intérieur. Interdiction formelle de pénétrer dans l’enceinte.
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Qu’à cela ne
tienne, nous décidons de faire le tour de l’immense propriété
pour au moins tenter d’apercevoir la propriété et de
s'imprégner des mystères qui s’y cachent. En foulant les hautes herbes, nous
longeons l’épais mur d’enceinte, prenant garde à ne pas fouler
la "mal herbe", mauvaise herbe qui fait perdre le sens de
l’orientation et qui pullule en Normandie. Il serait dommage de
nous perdre… excepté si c’est pour nous "perdre" à l’intérieur
de l’abbaye ! |
Trêve de plaisanterie, d’autant que
l’heure est grave : le mur d’enceinte est interminable. Un peu déçus,
nous devons abandonner la partie… qui n’est que remise évidemment !
Bredouilles, nous reprenons la route. A
Créances, nous déposons rapidement nos bagages à notre B&B avant d’aller
déjeuner à Pirou, petit village en bord de mer, bien vide en cette
saison. Arrêtons-nous un instant sur l’étymologie de ce nom. "Pirou"
proviendrait du mot "Pirot" qui désigne l’oie mâle en patois normand.
Pourquoi cette petite parenthèse culturelle ? Sur ces terres, se trouve
le Château de Pirou qui, dit-on, fut
construit par les fées et dont les habitants furent un jour transformés
en… oies ! On trouve trace de ce fait extraordinaire, en 1699, dans les
écrits de Dom Bonaventure d’Argonne.
Le sortilège des oies
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Si les Normands
furent en leur temps de grands conquérants, ils tombèrent
néanmoins face à des forteresses imprenables. Le château de
Pirou en faisait partie. Puisqu’il résistait à tous leurs
efforts, les guerriers Normands décidèrent de l’assiéger pour
ainsi le réduire à la famine. Le siège dura une éternité. Un
jour, le silence le plus total se fit à l’intérieur de la
forteresse. Sur les remparts et les tours, il n’y avait plus
aucun homme. Craignant un piège, ils hésitèrent à donner
l’assaut. Le lendemain, avec prudence, ils entrèrent dans le
château. À leur grande stupéfaction, il était désert ! Plus une
seule âme qui vive à l’exception d’un vieil homme. Sous la
promesse d’avoir la vie sauve, le vieillard leur expliqua ce
qu’il était advenu du seigneur de Pirou, de sa famille et de sa
garnison. A l’aide d’un grimoire magique, le sire ainsi que tous
les occupants du lieu se sont transformés en oies pour échapper
à leurs assaillants. Les Normands firent le rapprochement : la
veille du grand silence, de nombreuses oies se sont élevées des
remparts pour disparaître dans les forêts et les marécages
voisins. |
Bien plus tard, les oies sont revenues au
fort pour inverser le sort et reprendre forme humaine. Car en Normandie,
pour briser un sort, il faut le "dé-lire". C’est-à-dire, qu’il faut lire
à l’envers la formule du grimoire magique qui a servi à
l’ensorcellement. Malheureusement, les Normands avaient brûlé la
forteresse et avec elle, le fameux grimoire. Depuis ce temps, les oies
reviennent chaque printemps au château de Pirou pour tenter de conjurer
leur triste sort. Dans l’impossibilité d’inverser le processus, elles en
repartent chaque automne. Et chaque année, c’est un éternel
recommencement…
Si l’histoire est belle, ce qui nous
intéresse ici avant tout, ce sont les fantômes. Par cette journée
ensoleillée, une visite s’impose.
L'énigme de la stèle
Construit au XIIème siècle, nous faisons
face à ce château, le plus ancien des châteaux normands. Aussitôt, je
ressens qu’il est habité par quelques entités d’un autre monde. Michel
confirme mes impressions. Un sentiment de tristesse et d’abandon,
teinté de noirceur, me gagne. Nous passons la première des cinq portes
fortifiées. Doté de hauts remparts et reposant sur un îlot artificiel,
il est entouré de trois douves. On comprend maintenant pourquoi il fut
imprenable. Dans mon for intérieur, je ressens un changement presque
imperceptible mais bien présent… Après avoir franchi la troisième porte,
nous passons devant l’ancienne bergerie. Une sensation de sérénité
m’envahit, à l’opposé de ce que j’ai pu éprouver avant de pénétrer dans
l’enceinte. Un air de spiritualité flotte dans l’air… Nous marchons sur
le sentier qui mène au château. À ma gauche, dans la salle des Plaids,
se trouve la tapisserie de Pirou (fin XXème) qui est très similaire à
celle de Bayeux. Mon intérêt pour cette œuvre étant de courte durée, je reste
très peu de temps dans la salle. Attenante à celle-ci, se trouve la
chapelle Saint Nicolas. Je pénètre dans la chapelle dont l’atmosphère
est très chargée mais dans laquelle émane, paradoxalement, une quiétude
étonnante. Je m’imprègne de l’endroit. Avant de sortir, nous remarquons,
Michel et moi, une plaque funéraire d’une incroyable spiritualité ! Sur
ce marbre datant de 1640, une épitaphe qui invite chacun à la réflexion
et qui est, pour nous, une invitation à explorer ce lieu intemporel,
imprégné de mystère. Enigmatique épitaphe, nous révéleras-tu l’une des
clés de cette hantise ?
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Passant,
arrête-toi, car ce que tu vas lire ici,
Vaut bien la peine de t’arrêter. Sache donc qu’il
N’appartient qu’aux Morts, d’instruire les vivants,
Puis qu’ils le font seuls sans intérêt ; et puis qu’ils
Savent faire parler les Marbres, lorsqu’eux-mêmes
Ne parlent plus. Lis, écoute, songe à toi en songeant
A eux et profite de leur instruction. L’ancienneté de
La Noblesse, la grandeur de la maison, les charges
Importantes que l’on y a eues, les illustres alliances
Qui y sont entrées, le courage, la valeur et les belles
Actions que l’on y a faites. Puis que tout cela dit
N’a pas empêché Messire Charles du Bois d’entrer
Au tombeau. Qui que tu sois rentre en toi-même,
Vois que tout n’est que vanité et pour prendre le
Même chemin qu’il a pris, vis et meurs comme il
A vécu et comme il est mort, car c’est le seul qui
Mène à la gloire. Passant prie pour lui, afin qu’il
Prie pour toi. Pense plus au ciel qu’à la terre. C’est
Tout ce que le Marbre avait à te dire. |
Mystérieuse stèle de marbre qui nous livre
un secret plus vaste que celui qui loge au château de Pirou !
Nous voilà enfin prêts à pénétrer au cœur
du château. Nous empruntons le charmant petit pont de pierre qui a
remplacé l’ancien pont-levis.
Une sensation étrange...
Dans la cour intérieure du château, je
n’arrive pas à m’expliquer cette douceur et cette paix qui se fait
encore plus prégnante. L’atmosphère intérieure est plus sereine et
enchanteresse. Une fois à l’intérieur, nulle souffrance, nulle haine,
nulle mélancolie ne semblent habiter ces murs. Ce lieu est comme coupé
du monde, hors du temps et figé dans une quiétude éternelle. Je me perds
volontiers dans ce labyrinthe de pierre. Ici, une pièce ornée d’une
magnifique cheminée éteinte depuis fort longtemps. Là, le chemin de
ronde et la tour de garde. Je me laisse porter par l’enchantement du
lieu et envahir par cette énergie. Énergie fantomatique ? Énergie
féerique ? Je n’en sais rien. Mais cette énergie est plutôt de nature
féminine. Depuis des siècles, on dit que le château fut construit par
les fées… Difficile à croire, n’est-ce pas ? Et pourtant, à l’origine de
toutes légendes, se trouvent les racines d’une réalité troublante. Amis
lecteurs, je vous invite à explorer le château de Pirou, à ressentir
cette énergie si particulière et à juger par vous-mêmes…
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Avant de
rejoindre notre réalité, mon regard est capté par une pièce que
je n’avais pas remarquée. Elle se trouve à gauche de la tour
d’entrée quand vous regardez la sortie. Je pénètre dans la
dernière pièce du château dont le seul vitrail de couleur orangé
diffuse une lumière tamisée. L’atmosphère diffère avec le reste
de la forteresse. Elle est légèrement pesante et mélancolique.
Il y a fort longtemps, un événement dramatique a dû s’y
dérouler. Quoi ? Je ne saurais le dire. Contrairement au reste
du château, l’énergie est à présent de nature masculine. Le
fantôme de l’abbé Marcel Lelégard qui restaura ces ruines de
1968 à 1994 ? Je ne crois pas. Cette énergie est beaucoup plus
ancienne…
Il est temps de conclure notre visite. Nous sortons de la
forteresse. Et, plus nous nous éloignons, plus les ressentis que
j’ai éprouvés avant de pénétrer dans ce lieu remontent à la
surface. Étrange sentiment que celui d’approcher les fantômes
qui hantent cet endroit à mesure qu’on s’en éloigne ! |
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Une nouvelle route nous attend. Nous avons
rendez-vous en fin d’après-midi pour explorer les secrets de l’Abbaye de
Hambye. À l’ombre de ces pierres, seraient tapies des entités
tourmentées. Serons-nous capables de percer les arcanes depuis trop
longtemps enfouis en ce lieu mystérieux ?
À suivre…
E. F.
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Carnet d’adresses :
N.B. : Les lieux visités par Erick
Fearson et Michel de Grèce sont des propriétés privées. Merci de
vérifier la disponibilité des sites avant tout déplacement.
Château de
Martinvast
Domaine de Beaurepaire
50690 Martinvast
Visites sur rendez-vous, chambres
d’hôtes et location de salles de réception
Contact : Monsieur Christian de Pourtalès
Tél : 02 33 87 20 80
Fax : 02 33 52 03 01
de-pourtales@wanadoo.fr
http://www.chateau-martinvast.fr/
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Abbaye de
Blanchelande
50250 Neufmesnil
Du fait du
changement récent de propriétaire, l’abbaye n’est pas ouverte à la
visite.
Se renseigner auprès de la mairie au 02 33 46 28 80.
http://www.blanchelande.com/fr/index.html
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Château de Pirou
50770 Pirou
Visites tous les jours sauf le mardi de
10h à 12h et de 14h à 18h30 (17h00 d'octobre à mars). Fermetures
annuelles du 1er décembre au 31 janvier et du 1er au 14 octobre. Visites
guidées en juillet et août, toute l’année sur réservation.
Tél. / Fax : 02 33 46 34 71
pirou@chateau-pirou.org
http://www.chateau-pirou.org/ |