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[Retour lieux hantés]


 

A moins d’une heure au nord de Paris, le département de l’Oise est la clef d’entrée de la Picardie. Clairsemé de forêts domaniales, de châteaux et d’étangs, ce vaste territoire de tradition royale et cynégétique revêt à chaque hiver son manteau de brume. Inspiré par des décors de contes de fées, Maison-Hantee.com est allé à la rencontre des fantômes qui hantent les sous-bois aux couleurs automnales, les jardins romantiques et les couloirs silencieux des vastes demeures seigneuriales. De Chantilly à Compiègne en passant par la cité médiévale de Senlis, l’atmosphère aristocratique emmitoufle des secrets de famille que nous avons cherché à décrypter. Empruntez la voie royale qui mène directement au monde des spectres et des créatures fantastiques…

Textes et photos Olivier VALENTIN

Vous rêvez d’une échappée belle au cœur de la France mystérieuse ? Avec sa variété de sites et son accessibilité depuis Paris, l’Oise occupe une place privilégiée dans le carnet de route du chasseur de fantômes. S’évader le temps d’un week-end, fuir la cohue des boutiques en période de fêtes de fin d’année, s’habiller chaudement pour des promenades hivernales et explorer des chemins légendaires à la découverte d’un patrimoine naturel et historique haut en couleurs. Telles furent mes aspirations à quelques jours de Noël. Malgré un soleil démissionnaire, la météo fut relativement clémente pour m’éviter brouillard, givre et verglas. Profitant d’une saison touristique très tranquille et des nombreuses occasions de retraites au coin du feu, j’ai déniché quelques lieux, remarquables par leur histoire secrète, leur environnement ou l’extravagance de leur esthétisme. Suivez le guide !

Les Blanches de Commelle

La première adresse figure en bonne place des châteaux hantés qui ont inspiré les écrivains romantiques.

Dans ses Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand évoque l’étrange sentiment qui l’envahit aux abords du Château de la Reine Blanche, vestiges d’un castel médiéval qui jouxte les Etangs de Commelle, près de Coye-la-Forêt, au sud de Chantilly. Au chapitre 2 de son livre 16ème, il écrit :

« Comme aux oiseaux voyageurs, il me prend au mois d'octobre une inquiétude qui m'obligerait à changer de climat si j'avais encore la puissance des ailes et la légèreté des heures : les nuages qui volent à travers le ciel me donnent envie de fuir.

Afin de tromper cet instinct, je suis accouru à Chantilly. J'ai erré sur la pelouse où de vieux gardes se traînent à l'orée des bois.Quelques corneilles, volant devant moi, par−dessus des genêts, des taillis, des clairières, m'ont conduit aux étangs de Commelle. La mort a soufflé sur les amis qui m'accompagnèrent jadis au château de la reine Blanche : les sites de ces solitudes n'ont été qu'un horizon triste, entrouvert un moment du côté de mon passé. Aux jours de René, j'aurais trouvé des mystères de la vie dans le ruisseau de la Thève : il dérobe sa course parmi des prêles et des mousses ; des roseaux le voilent ; il meurt dans ces étangs qu'alimente sa jeunesse, sans cesse expirante, sans cesse renouvelée : ces ondes me charmaient quand je portais en moi le désert avec les fantômes qui me souriaient, malgré leur mélancolie, et que je parais de fleurs. » (Novembre 1838)

Gérard de Nerval fait aussi allusion à ce lieu chargé d’émotion dans ses Promenades et souvenirs (1854-1855) :

« Célénie m’apparaît souvent dans mes rêves comme une nymphe des eaux, tentatrice naïve, follement enivrée de l’odeur des prés, couronnée d’ache et de nénuphar, découvrant, dans son rire enfantin, entre ses joues à fossettes, les dents de perles de la nixe germanique.

Et certes, l’ourlet de sa robe était très souvent mouillé comme il convient à ses pareilles… Il fallait lui cueillir des fleurs aux bords marneux des étangs de Commelle, ou parmi les joncs et les oseraies qui bordent les métairies de Coye. Elle aimait les grottes perdues dans les bois, les ruines des vieux châteaux, les temples écroulés aux colonnes festonnées de lierre, le foyer des bûcherons, où elle chantait et racontait les vieilles légendes du pays ! – madame de Montfort, prisonnière dans sa tour, qui tantôt s’envolait en cygne, et tantôt frétillait en beau poisson d’or dans les fossés de son château. ».

Au pied de cet ancien moulin reconverti en relais de chasse en 1825, à la demande du duc de Bourbon, dernier des Condés, je suis frappé par l’enchantement des lieux. Cet édifice de deux étages, flanqué de quatre tourelles crénelées et édifié dans le pur style médiéval, est léché par une rivière qui s’écoule de l’étang. Si on fait abstraction de la crêperie avoisinante - qui défie toutes les lois de mise en valeur du patrimoine architectural de la région ! -, on se prend à rêver à la légende qui donna son nom actuel au château.

Initialement baptisé "Logis de Viarme" du temps des bûcherons, le bâtiment devint moulin de tanneur en 1426 et à fouler le drap en 1533. En 1765, le prince de Condé en fit un moulin à blé puis une manufacture de papier en 1787. Lorsque la propriété fut vendue en 1823 à un certain Gandulphe Adryane, elle avait pour dénomination "Moulin de la Loge de Viarmes". L’édifice principal, de forme carrée à quatre niveaux, était flanqué de tourelles aux angles. Au début du 19ème siècle, d’autres corps de bâtiment avaient été construits, adossés aux faces nord et ouest, en tant que logement et entrepôt (grains, meules, matériel et farine). Ces infrastructures furent complétées d’écuries, étables, appentis et hangars.

Le 25 mars 1825, le duc de Bourbon acquit l’ensemble et chargea son architecte, Victor Dubois, de le reconvertir en rendez-vous de chasse. Les deux derniers des trois corps de bâtiments furent démolis pour ne laisser que le pavillon carré, en fort mauvais état. Les tourelles furent alors consolidées par des contreforts et coiffées de terrasses en plomb dissimulées par des balustres ajourées en pierre sculptée. Les fenêtres de forme ogivale, un balcon sculpté sur console à tête d’animaux et l’encastrement de trois statues de chevaliers vinrent compléter ce tableau d’inspiration troubadour. A l’intérieur (qui ne se visite pas), les pièces sont voûtées, sur croisées d’ogives en pierre, et abritent une cheminée basse, en marbre blanc et aux motifs sculptées.

Du pur style néo-gothique, très en vogue au 19ème siècle, que l’on retrouvera plus tard au château de Pierrefonds !

Comment cet édifice à usage multiple a-t-il changé de nom ? Comme souvent, les archives régionales ne donnent aucune réponse. Seule la tradition orale apporte des hypothèses.

Avant l’existence du "Logis de Viarmes" aurait existé, à cet emplacement, un château édifié, selon les versions, par Blanche de Castille, mère de Saint-Louis, ou par Blanche de Navarre, épouse de Philippe VI de Valois, un des rois maudits de Maurice Druon !

Une autre légende, plus romanesque, vient nourrir les rumeurs de hantise qui entourent le site. Le château serait situé à proximité d’une ancienne chaussée Brunehaut, du nom de cette reine à qui un poème épique du 12ème siècle prête une réputation diabolique. Imaginée sur son cheval au galop, dans un dédale d’antiques voies de communication reliant autrefois des cités gauloises, elle aurait fait construire ces routes pour mener plus rapidement ses armées vers la mer et y aurait même trouvé la mort, traînée par sa monture.

Son fantôme de Dame Blanche hanterait-il toujours ce tracé légendaire dont le castel de Commelle serait l’un des péages maléfiques ?

Je fais le tour du premier étang, contemplant longuement le château de différents points de vue, et croise quelques promeneurs, des habitués en cette saison !, qui viennent se ressourcer, d’un pas flâneur ou au pas de course, au milieu de ce décor mi-ocre, mi-brumeux. Ici, l’hiver est en retard. A l’instar de ces corbeaux qui m’observent du coin de l’œil - noir bien sûr ! -, le temps a suspendu son vol.

Je quitte la forêt de Coye, direction Senlis, laissant derrière moi, la rêverie et le charme d’une promenade fantastique qui mérite, à elle seule, le voyage.

Le fantôme de Chantilly

En route, je ne peux m’empêcher de marquer une pause à Chantilly, hanté par le fantôme de Louise de Budos, seconde femme d’Henri 1er, duc de Montmorency, connétable de France.

En février 1593, l’hôte de Chantilly se rendit à Pézenas pour assister à l’enterrement de son dernier fils et y rencontra une jeune et jolie veuve qu’il épousa le mois suivant. Dans ses Mémoires, Saint-Simon rapporte qu’en 1598, Louise, délaissée par son mari à Chantilly, fit plusieurs fois la rencontre d’un mystérieux personnage. Or, le lendemain du jour où on la vit s’enfermer avec cet inconnu dans un cabinet du château, elle fut retrouvée morte, « par terre, le col entièrement tourné, le visage du costé de l’espine du dos, sans estre pourtant défiguré, et dans le cabinet [flottait] une odeur de souffre très puante ».

A ses funérailles, Henri Ier fut violemment épris de la tante de Louise, Mme de Dizimieu, qui découvrit le corps de sa nièce. Il la demanda en mariage trois mois plus tard. Pourquoi une telle soudaineté à ces "coups de foudre" ? Toujours d’après Saint-Simon, le duc fut victime d’un anneau enchanté, porté successivement par Louise de Budos à qui une mendiante l’avait offert, puis par sa tante, Mme de Dizimieu, qui l’avait pris sur son cadavre. Ce talisman était capable de faire naitre chez la personne convoitée un amour frénétique pour la femme qui le portait. Pour preuve, lorsque la tante jeta l’anneau dans les jardins d’Ecouen, le charme fut rompu et le duc de Montmorency divorça.

Dès lors, le spectre de Louise fit son apparition au château de Chantilly. De funeste augure, il se manifesta chaque fois pour présager le décès du maître des lieux. Peu de temps avant la mort de « l’aisné de la Maison de Condé » (sans doute le prince de Conti, Louis-Armand Ier, en 1685), elle apparut à la fenêtre de la salle d’Armes. L’écuyer du prince, Vervillon, témoin du phénomène, chercha à éclaircir le mystère, en vain. Mais peu de temps après, le prince fut foudroyé par la petite vérole. Accomplissement de la funeste prophétie liée au fantôme de Chantilly ou contamination à Fontainebleau par son épouse, « bâtarde de Louis XIV » (Marie-Anne ?), qui avait contractée la même maladie ? Quoi qu’il en soit, les circonstances étranges qui entourent la mort de Louise de Budos peuvent accréditer la thèse d’une hantise.

Avant de faire route pour le château de Raray, bien connu des admirateurs de Jean Cocteau, je m’arrête à Senlis pour enquêter sur les mystères de la chapelle royale Saint-Frambourg, à deux pas de la cathédrale.

La crypte magnétique de Senlis

Restaurés par la Fondation Cziffra (du nom du célèbre pianiste Georges Cziffra), les vestiges de cette église du 12ème siècle n’en finissent pas de faire parler d’eux depuis les fouilles archéologiques de 1974 qui mirent à jour un escalier dans la base du clocher disparu. Scénario rêvé pour les amateurs de romans gothiques, cet escalier conduit à la petite chapelle fondée par Adélaïde, épouse d’Hugues Capet, vers 993, sur l’emplacement supposé d’un temple de Minerve, déesse romaine de la sagesse !

Dans les entrailles de cette crypte, on découvrit un sarcophage mérovingien, contenant vraisemblablement les reliques de Saint-Frambourg à qui le lieu est dédié, ainsi qu’un tombeau attribué à Adélaïde. Mais, à ce jour, les historiens ne possèdent aucune preuve sur l’identité des dépouilles qui reposent à Saint-Frambourg. Pourtant, ce doute n’ôte pas au lieu sa réputation thaumaturgique. En effet, des fluides magnétiques qui le traversent soigneraient bien des maux. Sans parler des légendes de hantises, soulevées par la veuve Cziffra, présidente de la Fondation !

Ces suppositions méritent une enquête approfondie ! Hélas, je n’obtiens aucun mandat pour perquisitionner la crypte. En hiver, la Fondation n’est ouverte que les dimanches après-midi, de 15h à 17h. Affaire à suivre…

Chasse fantastique à Raray

Depuis Senlis, on peut rejoindre Raray par la départementale qui mène à Compiègne. Pour cela, il ne faut pas manquer la D26 à la hauteur d’Ognon. On peut aussi suivre la N324 qui fait route vers Crépy-en-Valois. Des panneaux indiquent le Château de Raray dont l’aspect actuel date du 17ème siècle. Aujourd’hui, ce monument historique abrite un restaurant gastronomique, un hôtel de luxe, un golf, un bar et des salles de réunion, cadre idéal pour un séminaire d’entreprise ou un séjour haut de gamme.

A mon arrivée, je suis déçu par la flotte de véhicules qui bordent les deux célèbres haies cynégétiques, de part et d’autre de la cour, face à ce prestigieux château. Il y a en effet plusieurs conventions professionnelles ce jour-là. Le charme des décors du film La Belle et la Bête de Jean Cocteau a donc du mal à agir… d'entrée de jeu !

Mais je suis fort bien accueilli par le responsable du restaurant qui m’invite à consulter les photos du tournage dans le hall et à flâner dans le parc (en évitant les greens du golf !) jusqu’à la Porte de Diane dont les ornements évoquent la chasse fabuleuse de la Licorne. Animal sauvage emblématique de la littérature fantastique, la Licorne ne peut être approchée que par une vierge. C’est ce que prétend le premier épisode du célèbre conte écrit en 1757 par Madame Leprince de Beaumont et dont Jean Cocteau tira la remarquable adaptation cinématographique de 1945 avec Jean Marais et Josette Day.

Dans ce chef d’œuvre, Cocteau sublime avec poésie et mystère les deux haies d’arcades dont les dix-huit niches abritent les bustes d’empereurs romains, d’impératrices et de dieux de l’Olympe. Les sculptures animalières qui les surmontent rendent hommage aux protagonistes de la chasse : plus de quarante chiens, un sanglier et un magnifique cerf que chevauche la Bête (Jean Marais) dans une scène du film. On doit tout ce bestiaire féérique au conseiller de Louis XIII, Nicolas de Lancy, Chambellan du Duc d’Orléans, qui acquit la propriété au début du 17ème siècle. Cousine des Lancy, Madame de Sévigné a même arpenté ces allées de pierre.

En me replongeant dans le livre de Simon Marsden, Journal d’un chasseur de fantômes, je découvre que le château de Raray est le théâtre d’une hantise dont même les golfeurs se plaignent.

Un réalisateur de cinéma, passionné par le fantastique et le surnaturel, avait confié à Marsden que le château était hanté par le fantôme d’une jeune servante et de son petit garçon qu’elle a tenté d’assassiner avant de se pendre à un arbre du parc. Alors qu’il prenait des photographies de la Porte Rouge (autre nom pour la Porte de Diane), Simon Marsden échangea quelques mots avec un habitué du golf, aussi sensible à la noblesse des lieux qu’à son atmosphère ensorcelante. Ce dernier ne croyait pas aux fantômes mais resta néanmoins perplexe au souvenir d’un incident qui toucha sa petite fille de quatre ans. Il se rappela qu’elle avait eu peur des statues car l’une d’elle avait bougé, « un petit garçon dans les bois près de la porte » qui « n’était pas réel » ! A l’époque, le golfeur n’avait prêté aucune attention à cette invention enfantine. Mais, depuis sa rencontre avec Marsden, un spectre du passé s’était réveillé en lui…

Je prends quelques photos de la fameuse porte et croise quelques golfeurs mais aucune trace d’un garçonnet errant dans les bois à la recherche de sa mère. Néanmoins, cette visite énigmatique me donne envie de revoir La Belle et la Bête

La résurrection de Pierrefonds

Sur la route de Pierrefonds, village du sud-est de la Forêt de Compiègne, je constate que le jour décline rapidement. J’espère avoir le temps de visiter l’impressionnant château, restauré – ou plutôt réinventé ! – au 19ème siècle, par Viollet-le-Duc. Du 1er septembre 2005 au 30 avril 2006, le monument ferme à 17h30 et la billetterie quarante-cinq minutes avant.

Face à l’édifice, je suis littéralement frappé par l’imaginaire romantique qui s’en dégage, comme happé par un conte de Charles Perrault ! J’ai du mal à contenir l’immensité du château sur une simple photographie ! Je pense au peintre Jean-Baptiste Corot qui, en 1834, planta son chevalet, bien loin des ruines, pour embrasser, d’un coup d’œil et de pinceau, la majesté de Pierrefonds.

Je me hâte de faire le tour des imposantes murailles pour gagner la cour intérieure et payer mon droit d’entrée. Hélas, pas assez de visiteurs pour mobiliser un guide. Je m’apprête à faire le tour du propriétaire, seul avec mon indigeste brochure historique, lorsqu’un tout nouveau guide me propose de visiter une partie rarement montrée au public, les caves voûtées ! Après plusieurs portes capricieuses dont un bruyant trousseau de clefs vient à bout, je pénètre dans la pénombre d’une succession de salles souterraines peuplées de gisants fantomatiques, copies des originaux de la basilique Saint-Denis.

Mon guide privé me fait remarquer sur le mur les traces témoignant des travaux accomplis depuis la place forte initiale du 12ème siècle, arrangée par Louis d’Orléans en 1393, démantelée partiellement par Louis XIII en 1617 à la suite d’un siège, puis restaurée par Viollet-le-Duc dès 1858. D’ailleurs, ce célèbre architecte - qui a sa statue sur le toit de Notre-Dame-de-Paris ! - a longuement hésité sur les parties à reconstruire. Un an avant le début des travaux, il ne souhaitait reprendre que le donjon, au milieu de ruines. Scrupule d’archéologue qui craignait une restauration hypothétique ou mode du pittoresque et du fantastique soutenue par les écrivains romantiques ? Il est vrai que les gravures d’époque qui rendent compte de la magie des ruines offrent à tout amateur d’histoires de fantômes une source d’inspiration qu’il aurait été déplacé de dénaturer.

Mais, en 1861, la décision fut prise de restaurer intégralement le site, en partie sur la "cassette" personnelle de l’Empereur Napoléon III, pris d’une "folie romantique". Les travaux se prolongèrent même après la mort de Viollet-le-Duc pour aboutir en 1885 sans que la décoration intérieure n’en soit totalement achevée.

Au milieu de ces statues, habilement éclairées, j’ai comme l’impression que plusieurs siècles de l’histoire de France me contemplent. Clou de la visite inédite, le guide révèle, derrière une planche de bois, un accès aux oubliettes. Au fond du trou qu’il m’éclaire à la lueur de sa lampe-torche, j’aperçois un gant ! Je ne suis donc pas le seul à avoir eu le privilège de visiter cette salle secrète. Comme moi, le propriétaire du gant a dû apprendre qu’un squelette de femme, datant de Philippe Auguste, propriétaire du domaine en 1185, a été découvert dans ce puits lors de fouilles !

Observant les graffitis grattés sur le mur par les anciens prisonniers de cette geôle, je demande au guide s’il a entendu parler d’histoires de fantômes à Pierrefonds. « Pas à ma connaissance, même si le personnel du château se plaint de fréquentes mésaventures… » Je n’en apprends pas plus et m’abstiens de poser d’autres questions, au risque de heurter la susceptibilité de mon hôte. Mais la façon dont les prisonniers finissaient leurs jours dans ce "trou à rat" me laisse imaginer quelques présences d’outre-tombe…

Après ce coup d’œil privilégié aux entrailles du château, je déambule librement dans les salles où tout se prête à la démesure : taille, architecture, décoration, éclairage,… Cette sensation est amplifiée par la présence de pièces de plomberie d’art, léguée par Madame Pasquier Monduit. Les ateliers Monduit furent en effet impliqués par les plus grands architectes (Viollet-le-Duc, Charles Garnier, Bartholdi,…) dans la restauration ou la création d’œuvres en plomb ou en cuivre célèbres comme la flèche de Notre-Dame-de-Paris, la statue de la Liberté ou l’archange Saint-Michel. A Pierrefonds, on peut admirer les doubles véritables (et non les copies !) de ces œuvres d’art dont les gargouilles de Notre-Dame-de-Paris, le Lion de Belfort ou le Cupidon de la cathédrale d’Amiens.

Dans la salle des Preuses, pièce d’apparat du 1er étage de l’aile nord-ouest, qui me surprend par son volume et son plafond en forme de coque renversée, je pense au faste des réceptions du Second Empire. Sur le manteau d’une cheminée monumentale, des statues de l’impératrice Eugénie et de ses dames de compagnie m’observent. Comme j’allais l’apprendre plus tard, Pierrefonds et ses nombreux appartements ont servi récemment de décor à la série TV des Rois Maudits de Josée Dayan, diffusée en novembre dernier sur France 2.

Au rez-de-chaussée, la salle des gardes abrite quelques vestiges archéologiques du 15ème siècle ainsi qu’une remarquable maquette du château, réalisée en pierre par Wyganowski, inspecteur des travaux de Pierrefonds.

Dans la cour, je flotte comme un fantôme au milieu des statues d’animaux fantastiques. Elles soulignent l’attrait que l’architecte et son commanditaire avaient pour l’imaginaire médiéval et le néo-gothique. La nuit est tombée sur Pierrefonds. Je profite ainsi de l’éclairage extérieur qui sublime le lieu. Ici, les perspectives se jouent de l’ombre et de la lumière. L’ambiance irréelle qui en découle abandonne peu à peu la forteresse à sa brume nocturne et son cortège de mystères…

Quant à moi, je gagne mon hôtel à Saint-Jean-aux-Bois, ravissant village au cœur de la forêt de Compiègne, où toute l’équipe des Rois Maudits avaient élu domicile pendant le tournage de Pierrefonds, le temps de déguster foie gras, homard et autres spécialités de gastronomes aisés (ou de producteur de cinéma peu scrupuleux…)

Au coin du feu, je me suis assoupi, un livre de fantômes sur les genoux. A défaut d’avoir percé tous les secrets du royaume des ombres, je laisse vagabonder mon imagination au royaume des rêves.

Bonnes fêtes à tous !

O.V.

Remerciements : Damien Caillard, initiateur de ce voyage

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>> Pour organiser votre visite :

Les Etangs de Commelle et le château de la Reine Blanche
Accès par Coye-la-Forêt et la route des étangs
Site web : http://www.coyelaforet.com/zone/listeLieux00010065.html

Le château de Chantilly
Site web : http://www.chateaudechantilly.com/

La chapelle royale de Saint-Frambourg, Senlis
Site web de la Fondation Cziffra : http://www.fondation-cziffra.org/

Le château de Raray
Site web : http://www.chateau-raray.com/

Le château de Pierrefonds
Un site web non official : http://perso.wanadoo.fr/espace-libre/pierrefonds.html

>> Où loger ?

Hôtel Restaurant*** A la Bonne Idée, Saint-Jean-aux-Bois
Site web : http://www.a-la-bonne-idee.fr/

>> Lire

Journal d’un chasseur de fantômes (The Journal of a Ghosthunter)
Simon Marsden
Edition française épuisée
Disponible en anglais sur le site du photographe

La Belle et la Bête, les coulisses du tournage
Dominique Marny
Edition Le Pré aux Clercs
Novembre 2005

>> Voir (ou revoir !) en DVD

La Belle et la Bête
Jean Cocteau
Edition Collector 2 DVD disponible en février 2006
Studio Canal

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© Crédits photographiques : O.V.

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