| 22 heures. Un télépathe à ma table Milieu de soirée dans une maison du XIXe arrondissement de Paris. Masques africains aux murs, lumières tamisées. Assis entre deux candélabres en argent, son sac de docteur placé à ses pieds et les mains posées à plat sur la table, l'homme scrute les six convives. Un à un, sans un mot. Ne pensez pas trop fort : Erick Fearson risque de l'entendre. Car cet homme au regard d'ambre est mentaliste : un télépathe qui vient chez vous pimenter un dîner entre amis. Redingote noire et cheveux hérissés telles des cornes, élégamment diabolique, il focalise sur un participant: « Imaginez une mappemonde, puis visualisez un pays sur la carte. Epelez son nom en pensée. Surtout, ne le prononcez pas. » Sourcils froncés, le mentaliste se concentre: « Je vois des monuments anciens, de l'eau et de la chaleur. Je vois une forme pyramidale : c'est la lettre A. Et aussi le E et le L. Et vous y avez séjourné dix jours. » Soudain, il rouvre les yeux : « Vous pensez très exactement à l'Italie. » L'invité acquiesce, aussi interloqué que ses amis. Est-ce le pouvoir du troisième œil qu'il porte au doigt, enchâssé dans une grosse bague ? Erick Fearson devine les pensées et fouille les arcanes de l'inconscient, découvre une date de naissance ou le prénom d'un grand-père, apprend par cœur une liste de 20 objets fournie par son public. Il ressuscite aussi la sombre époque de l'Inquisition et des bûchers aux sorcières. Puis vous plonge dans l'ambiance étrange des phénomènes de foire du XIXe siècle. Tel l'homme caoutchouc, il tord sa main à 360 degrés, s'enfonce une brochette dans la langue ou un clou dans le nez. Il pratique aussi le bizarrisme, une expérience "paranormale" plus poussée encore : « Les cadres tombent des murs, les bougies s'éteignent toutes seules et la table entre en lévitation », raconte-t-il en plissant les yeux, inquiétant à souhait: « Mais là, âmes sensibles s'abstenir... » Dalila Kerchouche Sources : L'Express du 21/06/2004 (Paris fantastique au fil de la nuit) Cette soirée a également fait l'objet d'un article dans le magazine "Palace" daté du mois d'octobre 2004 et distribué gratuitement par Costes dans les lieux branchés de la capitale. |