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L'Orphelinat des horreurs
Le 5 mars 2008,
le nouveau film fantastique de Juan Antonio Bayona,
L’Orphelinat, sort sur les écrans français. Un conte
surnaturel où un enfant disparaît mystérieusement dans une
maison hantée. Cruelle coïncidence avec l’actualité : quelques
jours plus tôt, une sombre affaire dans un ancien orphelinat de
l’île de Jersey prend un nouveau tournant avec la découverte
d’un crâne d’enfant dans les caves secrètes de l’établissement.
Comment ne pas laisser vagabonder notre imagination entre les
deux histoires, même s’il n’y a aucun lien ? Encore une fois, la
fiction et la réalité ne sont jamais bien loin.
Par Olivier Valentin
Jersey. C’est
une petite île de 116 km2, au large des côtes
bretonnes. L’été, les touristes affluent en masse pour découvrir
la beauté de ses paysages et explorer la richesse de son
patrimoine historique. Située dans la baie de Saint-Malo, la
plus méridionale des îles britanniques grandit et rapetisse deux
fois par jour avec les marées, dont l’amplitude dépasse les 12
mètres. Victor Hugo qui l’a évoquée plusieurs fois dans ses
œuvres y a vécu en exil.
Pourtant, au
printemps 2006, un mystère vient troubler la quiétude et le
charme de Jersey. La police reçoit des appels téléphoniques. Les
correspondants dénoncent des abus sexuels qu’ils auraient subis
entre 1960 et 1980 aux Hauts de la Garenne, un orphelinat d’une
soixantaine de lits, datant de 1867. Plusieurs témoignages
concordent.
En novembre 2007, une enquête est
officiellement ouverte. Un numéro d’appel anonyme est mis en
place. Cent soixante anciens pensionnaires se manifestent.
Le 30 janvier 2008, un
ex-surveillant de 76 ans, Gordon Wateridge, est mis en examen
pour violences sexuelles entre 1969 et 1979. Le 23 février, la
police découvre un crâne d’enfant dans un endroit non mentionné
sur les plans. Puis, des caves secrètes, dans les sous-sols de
l’établissement. Des analyses ADN sont entreprises mais ne
donnent aucun résultat, faute d’éléments génétiques nécessaire à
l’identification. Depuis, l’énigme demeure…
On pourrait croire à l’intrigue du
dernier roman d’Elizabeth George. Pourtant, il s’agit bien d’une
authentique affaire criminelle que les médias ont baptisée
"l’Orphelinat des horreurs". Pourtant, la fiction n’est jamais
bien loin de la réalité.
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Hasard
du calendrier, le cinéma fantastique espagnol est à
l’honneur depuis le 5 mars avec L’Orphelinat, de
Juan Antonio Bayona, un film de maison hantée où des
enfants disparaissent mystérieusement ! Or, bien que
involontaires, les coïncidences entre les deux histoires
sont troublantes.
Le
scénario n’en est que plus terrifiant. Laura revient
dans l’orphelinat de son enfance pour le reconvertir en
foyer d’accueil pour handicapés. Mais, dès les premiers
jours, son fils de 7 ans, Simon, prétend s’amuser à des
jeux de piste avec des amis invisibles, des enfants.
Laura ne prête guère attention aux affabulations de
Simon jusqu’à ce qu’il l’agresse violemment, dissimulé
sous un étrange accoutrement, puis qu’il disparaisse
sans laisser la moindre trace. Les mois passent et la
police ne trouve aucun indice. |
Laura fait alors appel à un médium
qui va révéler peu à peu le lourd passé de l’orphelinat.
On pense immédiatement au conte
fantastique de Rosemary Timperley, Harry, dans lequel une
jeune fillette de 5 ans prénommée Christine s’invente un ami
imaginaire pour rompre la solitude. Malgré les avis
réconfortants de son mari et de son médecin sur les facultés
d’imagination des enfants, la mère de Christine perçoit très mal
la relation que sa fille entretient avec son compagnon invisible
qu’elle appelle Harry. La tension monte au fur et à mesure que
la fillette rapporte des détails de plus en plus précis sur le
physique et le comportement de Harry. Mais c’est lorsque la mère
est témoin d’étranges apparitions qu’elle décide de sonder le
passé de sa fille qui s’avère avoir été adoptée.
Dans L’Orphelinat, le
surnaturel trouve ses plus beaux repères : une vieille résidence
de bord de mer, aux planchers qui craquent, pleine de souvenirs
et de bibelots ; une mère au fort tempérament mais fragilisée
par la grave maladie de son enfant ; un père affectueux mais
détaché des évènements énigmatiques qui se trament dans la
demeure et un garçonnet impulsif qui laisse vagabonder son
imagination jusqu’à découvrir la réalité sur son adoption et sa
maladie. Le décor est idéal pour que se multiplient d’étranges
phénomènes que les protagonistes, comme les spectateurs, ne
peuvent attribuer ni à la réalité, ni à la folie, ni aux
fantômes.
Le film a été réalisé dans les
Asturies, en Espagne. Un lieu de tournage parfait avec ses
grandes plages, ses falaises, ses grottes mystérieuses, ses
forêts, ses montagnes et surtout le manoir Partarríu, à Llanes,
une grande maison coloniale de la fin du XIXème siècle. « Je ne
cherchais pas un immense manoir rempli de couloirs interminables
comme dans Shining, raconte Bayona. Je voulais un endroit
plus petit, plus minimaliste, mais dont les dimensions soient en
même temps suffisamment imposantes pour que l’histoire soit
crédible. »
Dans la lignée du film Les
Autres, d’un autre talentueux réalisateur espagnol,
L’Orphelinat joue avec nos nerfs, tissant une toile dans
laquelle on se laisse prendre au piège jusqu’au dénouement
final. A ne révéler sous aucun prétexte !
Pour le producteur Guillermo Del
Toro, « L’Orphelinat est davantage qu’un simple film
fantastique : son rythme est impeccable, son style visuel,
extraordinaire. Il ne s’en remet pas aux effets spéciaux pour
troubler le spectateur, et il offre une interprétation très
personnelle des décors classiques du genre. L’Orphelinat
possède aussi une charge émotionnelle inhabituelle pour un film
de cette nature. En plus d’être une description dérangeante de
phénomènes surnaturels, c’est l’une des plus belles histoires
sur la douleur profonde causée par le deuil que j’ai vues
récemment. Bayona ne s’est pas contenté de créer un récit bourré
de mystère et de suspense ; il a également fait de
L’Orphelinat un puissant mélodrame, en ciselant ses
personnages et les liens qui les unissent avec grande attention
et précision. »
Un hommage est donc rendu aux
classiques de la littérature fantastique où la peur naît de la
banalité du quotidien. La terreur ne vient pas d’un dangereux
psychopathe, en proie à une folie meurtrière, mais elle prend
racine au cœur d’une famille sans histoire qui vit
dans l’angoisse
d’une séparation à venir.
Point d’orgue de ce film, à vous
glacer le sang : la séance de spiritisme. Sans abuser des effets
spéciaux, J.A. Bayona emprunte aux techniques du genre,
largement médiatisées par la série britannique Most Haunted.
S’appuyant sur un jeu de caméras infrarouges répartis dans la
maison, une équipe de parapsychologues suivent les déplacements
d’une médium en transe, interprétée par Géraldine Chaplin, dans
les différentes pièces jusqu’au cœur de la hantise : le dortoir
des anciens pensionnaires. « Cette séance de spiritisme était la
scène pivot du film, elle devait être spectaculaire sans
recourir au moindre effet spécial. Elle fonctionne entièrement
grâce à un travail sur le point de vue et sur le son » confie le
réalisateur. Le résultat est jubilatoire pour les amateurs de
sensations fortes mais soignées.
Décidément, ils sont forts ces
Espagnols ! Dans un tout autre registre que le cinéma
fantastique asiatique – très efficace lui-aussi en matière de "ghost
movies" – mais tout aussi puissant, une nouvelle génération de
réalisateurs a émergé. Dignes héritiers de Robert Wise et de
Roman Polanski, ils ont une parfaite maîtrise de la narration,
entre conte surnaturel et drame psychologique, et de la mise en
scène, jamais poussive. A l’instar de Wendy, personnage de
Peter Pan auquel plusieurs scènes du film font référence,
Bayona a réalisé L’Orphelinat comme on lit une histoire
aux enfants, le soir, avant de s’endormir. Pour faire de beaux
rêves ? Non, pour faire des cauchemars bien sûr !
O.V.
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Site officiel du film (en français) |