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Jérôme Noirez, encyclopédiste de l'au-delà

Avant d'entreprendre la lecture de son Encyclopédie des Fantômes et des Fantasmes, j'ai voulu inviter l'auteur à notre tribune et lui poser quelques questions préliminaires.
 

J'avais en effet des appréhensions sur le positionnement de son livre, depuis qu'il m'est tombé entre les mains, à la librairie (voir notre avis). Je voulais ainsi être tout à fait "libre" de lui poser des questions "provocatrices" pour éprouver ses intentions, sans être influencé par le contenu de l'ouvrage. Dans cet entretien, il joue cartes sur table : même "sceptique, athée, ne croyant pas aux esprits", il reste néanmoins sensible au monde des fantômes, ou tout du moins, à l'imaginaire qu'ils véhiculent. Pari audacieux pour sensibiliser de nouveaux lecteurs aux vastes contrées du surnaturel, Jérôme Noirez a cherché à décrypter les fantômes, depuis les ténèbres (qu'il ne craint pas !) d'un château hanté jusque dans les dédales de l'esprit humain.

Rencontre avec un auteur qui "a marché dans le fantôme". Espérons du pied gauche...

Propos recueillis par Olivier Valentin

Maison-Hantee.com : A la fois musicien et écrivain, vous côtoyez l’imaginaire dans vos différents travaux. Vous ne croyez pas aux fantômes mais en avez peur. Et vous fuyez le réel au profit des rêves et des cauchemars. Par quelle porte entre-t-on au royaume des ombres ?

Jérôme Noirez : Par celle des rêves. C’est la plus accessible des portes. Je veux bien croire qu’il y en ait d’autres, mais c’est celle-là dont j’ai les clés (quelques clés). Quand la conscience s’éteint, l’être entre au royaume des ombres.

Maison-Hantee.com : Vous passez une nuit dans une mystérieuse maison, réputée hantée. Soudain, un bruit inquiétant vous réveille. Vous vous barricadez dans votre chambre et disparaissez sous vos couvertures ? Ou bien vous vous emparez de votre lampe de poche et allez voir ?

Jérôme Noirez : Disons qu’après avoir publié une "Encyclopédie des Fantômes", je suis presque contractuellement forcé d’aller voir… Mais sinon, je suis assez adepte de la technique de l’ensevelissement sous couvertures. Sincèrement, je n’ai pas l’âme d’un chasseur de fantômes. Evidemment, si l’on me propose de passer une nuit dans une maison réputée hantée, j’aurais grand mal à ne pas céder à la curiosité… Ah, j’ai toutefois une qualité appréciable pour un chasseur de fantômes : les ténèbres en elles-mêmes ne me procurent aucune frayeur. Alors je serais bien capable d’y aller voir en me passant de lampe torche !

Maison-Hantee.com : Votre Encyclopédie des Fantômes et des Fantasmes veut s’inscrire, d’après la quatrième de couverture, « loin des sentiers battus et rebattus du surnaturel anecdotique ». Comment se distinguer des nombreux ouvrages, plus ou moins réussis, consacrés aux fantômes ?

Jérôme Noirez : Hors de la sphère des ouvrages disons "universitaires", anthropologiques ou sociologiques, les livres plus "grand public" consacrés aux fantômes se contentent souvent d’égrainer des petites histoires — et je ne parle pas des livres d’ésotérisme qui n’ont même pas pour eux l’aspect ludique des premiers. Lorsque c’est fait avec talent, je ne boude pas mon plaisir, mais je suis frustré de ne jamais y lire d’analyse du "fait fantomatique". Cela ne comble pas ma curiosité intellectuelle : pourquoi se raconte-t-on des histoires de fantômes (et aime-t-on le faire) ? Pourquoi tant de gens sains d’esprits, à la sincérité indiscutable, me racontent-ils leurs propres expériences avec des fantômes ? Pourquoi moi-même, sceptique, athée, ne croyant pas aux esprits, ai-je eu des expériences avec les fantômes ? Voilà des questions pour moi fondamentales dont je ne trouvais même pas la formulation dans la plupart des livres. Je ne prétends pas répondre à ces questions dans mon propre ouvrage, mais elles m’ont indiscutablement servi de guide… Par ailleurs, je n’ai pas été ethnocentriste. Les fantômes n’apparaissent pas soudain en occident au 19e siècle. Ils sont de toutes les cultures, de toutes les époques. J’ai donc porté mon regard au-delà des frontières de l’occident. Enfin, et c’est je crois la principale originalité de ce travail, je suis revenu à la racine étymologique du fantôme : le fantasme. J’ai traqué le fantôme sur d’autres territoires que les maisons hantées, des territoires psychiques, archétypaux, symboliques, hypnagogiques.

Maison-Hantee.com : Pourquoi une encyclopédie qui, par définition, vise toujours l’exhaustivité ? Avec les fantômes, peut-on faire le tour de la question ?

Jérôme Noirez : Que non ! Et d’ailleurs, je me garde bien de prétendre à l’exhaustivité. Si j’ai choisi le terme "encyclopédie" c’est avant tout parce que les articles sont relativement longs (certains font plus de dix pages) et que la réflexion est pluridisciplinaire. J’ai préféré un petit nombre d’entrées et des analyses plus soutenues, à une pelletée d’articles lilliputiens qui laissent sur leur fin. Maintenant, il ne se passe pas un jour sans que je ne me frappe le front en me disant « mais comment ai-je pu oublier ça ! » Il y avait aussi des contingences éditoriales qui m’ont forcé à m’en tenir à un certain nombre de signes et à mettre des choses de côtés. Si j’en avais eu le double, j’en aurai écrit le double. La matière est… infinie…

Maison-Hantee.com : Dans sa postface, Léa Silhol, votre éditrice, raconte les mystérieuses circonstances qui ont entouré la relecture de votre manuscrit : tableau récalcitrant, lumières facétieuses, inondations inopportunes, encensoir insomniaque,… Votre illustrateur, Dorian Machecourt, découvre, malgré lui, que les images ont une double vie… Vous-même, victime de tracas informatiques, vous évoquez, dans votre introduction, la possibilité d’un "livre hanté"… A l’instar de l’affaire "Amityville" et de ses produits dérivés (le livre de Jay Anson et son adaptation cinématographique de 1979), on croirait entendre les étranges désagréments qu’ont subi tous les auteurs d’un projet artistique consacré à l’au-delà, comme si les morts refusaient qu’on s’intéresse à eux, mais qui, au final, ont servi leur promotion. Alors… bluff marketing ou incroyables coïncidences ?

Jérôme Noirez : En fait, mon éditrice (qui ne partage pas mon scepticisme) m’a raconté ses étranges déboires durant la relecture du manuscrit. Je lui ai parlé des miens (moins spectaculaires). L’illustrateur lui a parlé des siens… J’ai finalement trouvé ça amusant, et c’est moi qui ai suggéré à Léa Silhol d’ajouter cette notice en postface. Tous les faits narrés sont véridiques. Les parapsychologues parleraient de phénomène de synchronicité. Moi, je me plais à penser que si nous avions bossé sur un livre de cuisine de tels évènements seraient tout simplement passés inaperçus. Il n’y a donc pas de bluff marketing (dans cette perspective, on ne se serait alors pas gêné pour corser tout ça, parce qu’à côté d’Amityville, ça fait pâle figure, nos petits ennuis techniques). Le projet initial de postface s’appelait "une nuit dans une maison pas hantée" et j’y expliquais, sur le mode ironique, comment faire naître en soi le sentiment de hantise en n’importe quel lieu. Je trouve en définitive que ces anecdotes illustrent bien cette hantise par autosuggestion qui transforme le hasard en coïncidence (troublante)… Vous savez, depuis que mes parents ont chez eux un exemplaire de l’encyclopédie, la sonnette de l’entrée se met à retentir toute seule, les lampes à se rallumer de leur propre volonté… Ce sont de telles coïncidences que l’on fait les histoires de fantômes.

Maison-Hantee.com : Quels sont les mots de votre encyclopédie qui vous ont donné le plus de fil à retordre ? Ceux qui ont provoqué chez vous un vrai frisson ? Une révélation ?

Jérôme Noirez : Le plus de fil à retordre ? Littérature ! C’était tout bonnement dédaléen. Et je ne voulais surtout pas faire de catalogue. Je voulais proposer une analyse, essayer de cerner ce que peut être une littérature du fantôme. C’est un article où je tends des centaines de perches pour me faire battre car les lecteurs risquent de ne pas y trouver "leur" livre emblématique du genre et de m’en faire aussitôt le reproche. Terrible !

Un vrai frisson ? Beaucoup d’articles, en fait, m’ont inspiré des frissons… Tous les fantômes japonais sont épouvantables. J’adore l’ubume : une femme morte enceinte donne naissance dans la tombe à son enfant vivant, et son fantôme se charge de veiller sur lui, c’est prodigieusement terrifiant ! Dans notre légendaire occidental, les lavandières de nuit m’inspirent aussi une grande frousse. Il y a aussi tout ce qui est lié au sonore, au bruit. Je crois que le bruit est une manifestation plus terrifiante qu’une apparition. Le bruit parle à l’instinct, caresse l’épiderme, chuchote aux tripes.

Une révélation ? La totalité de l’encyclopédie est une révélation pour moi. Car à travers elle, j’ai pu pleinement mesurer l’importance des fantômes. Ce n’est pas un sujet à prendre à la légère, c’est une chose qui nous accompagne, qui s’accroche à nous, qui nous ligote à la nuit et à la mort. Je n’en ai certainement pas fini avec le fantôme. Cet ouvrage est un premier pas pour moi.

Maison-Hantee.com : Sur quels critères vous êtes-vous appuyé pour isoler les meilleures histoires de fantômes, littéraires ou véridiques, parmi toute la matière, écrite ou orale, disponible - mais pas toujours accessible ! - à ce sujet ?

Jérôme Noirez : Etant donné que mon principe était de ne pas faire de distinguo net entre les récits "factuels" et les récits appartenant à l’imaginaire, folklore, art, mythe, littérature (les uns n’étant pas plus légitimes que les autres dans le cadre d’une réflexion sur le fantasme), j’avais à ma disposition un énorme corpus d’histoires, de faits, de divagations. Mon réflexe initial fut de mettre de côté les histoires paradigmatiques (comme Borley ou Amityville…) et de donner une plus grande place à des choses plus exotiques. Finalement, désirant m’adresser aussi à des "novices" en la matière, j’ai admis qu’il était nécessaire de m’appuyer de temps à autre sur un matériau connu de tous. Ainsi, pour illustrer l’article Hantise, quoi de mieux que le roman de King, Shining. Tout le monde ou presque l’a lu et peut donc aisément s’y référer. Pour montrer un "mythotropisme" (je n’ai pas encore fait breveter le mot) moderne, Amityville reste un cas idéal. Etc. J’ai essayé, dans la mesure du possible, d’avoir toujours au moins deux sources à ma disposition avant de faire entrer un matériau dans mes cahiers. Il y a ainsi des choses que j’ai abandonné en chemin, avec regrets d’ailleurs, parce que je manquais de sources. De manière générale, j’ai accordé plus d’importance au folklore, à l’anthropologie, qu’aux "témoignages" tels qu’on peut, par exemple, en lire par milliers sur Internet : j’ai la conviction que bien souvent la légende dit plus que le fait ; le mythe dit plus que l’histoire…  Par ailleurs mes goûts personnels aussi ont présidé au choix. Je suis par exemple un grand admirateur de Jean Ray, et cela se voit dans l’encyclopédie.

Maison-Hantee.com : « Croire ou ne pas croire, telle n’est pas la question ! » pourrait être, en substance, votre précepte, parodiant librement Hamlet. Or, à plusieurs reprises, vous faites référence dans votre livre à la zététique, un courant d’étude dite "scientifique" des phénomènes dits "paranormaux" qui s’applique à démasquer les supercheries et les escrocs du surnaturel mais n’hésite pas, au passage, à égratigner certains mythes et leur part de rêve. Doit-on s’efforcer à ce point de passer les croyances à la moulinette de la raison et du scepticisme au détriment de l’imagination et du fantasme ?

Jérôme Noirez : Mea Culpa. J’ai une vilaine propension à la démarche zététique et je lui ai en effet accordé une place que certains jugeront un peu trop importante dans l’encyclopédie, l’utilisant par exemple comme contrepoint "rationnel" (j’ai toutefois une grande méfiance envers le sens que l’on accorde à ce mot) dans quelques articles... Mais je suis la preuve vivante que la raison et le scepticisme ne nuisent pas à l’imagination et au fantasme. Je crois même que lorsque l’on a déblayé le terrain avec des outils intellectuels comme ceux de la zététique, on peut alors laisser tranquillement germer l’imagination et le fantasme. Toutefois, je n’ai pas fait un ouvrage zététique, car ce seul outil ne répond nullement à mes questionnements. Je vous en donne une illustration : Vailhauquès. Des bruits impressionnants se manifestent dans une maison. La zététique postule qu’ils sont dus à des phénomènes hydrogéologiques, les faits tendent à le confirmer. La hantise est résolue. La tâche de la zététique s’arrête là. Mais moi, justement, c’est à ce stade que ça commence à me titiller. Comment un phénomène hydrogéologique peut-il engendrer un sentiment de terreur superstitieuse sur lequel la raison n’a que peu de prises ? Que se passe-t-il dans le cerveau des gens ? Quelle mémoire archétypale s’éveille alors ? Certes, il n’y a pas de fantômes dans la maison de Vailhauquès, mais il y a des fantômes dans la tête des gens (y compris dans la mienne). Je veux les comprendre, ces fantômes-là, les saisir… Si je devais faire un reproche aux zététiciens, c’est de laisser parfois penser que leur démarche est une fin en soi, qu’après avoir donné un éclairage zététique à un fait, il n’y a plus grand-chose à dire… Alors que justement, tout reste à dire… La physique des fluides est rationnelle. La thermodynamique est rationnelle. La statistique est rationnelle. L’esprit humain ne l’est pas. L’esprit humain est un four à fantasmes. Comme la sorcière d’Hansel et Gretel, j’y plonge la tête.

Maison-Hantee.com : A la fin de l’ouvrage, vous invitez les chasseurs de fantômes en herbe à vous adresser leurs témoignages d’événements bizarres en vue de prochaines investigations. Auriez-vous un autre projet "fantasmalogique" en tête ?

Jérôme Noirez : En offrant cette possibilité, je tiens à assurer un "service après vente". À celui qui parle "librement" des fantômes, on ose confier ses propres expériences. J’y prête une oreille attentive et respectueuse. Je sais que les gens ne sont pas des charlatans, que la plupart sont sincères. Lorsqu’on me raconte (cela m’arrive de plus en plus fréquemment) une expérience de hantise, je ne cherche pas la démonstration zététicienne qui remettra sur le droit chemin de la raison (excepté lorsqu’on me décrit ce qui ressemble à une paralysie du sommeil, auquel cas, souffrant moi aussi de ce symptôme, je m’autorise à expliquer la nature de ce phénomène), car ce n’est pas mon métier. Par contre, j’aime, lorsque je m’en sens capable, resituer un récit dans une perspective symbolique et mythologique. C’est une manière de dire : votre expérience n’a rien de saugrenu, elle est universelle, elle est en chacun de nous… je n’ai pas d’arrière-pensée, je ne compte pas faire un usage particulier de ces témoignages, autre que celui de stimuler ma réflexion… Mais est-ce que j’ai d’autres projets fantasmalogiques ? Oui ! J’ai marché dans le fantôme, c’est indécrottable. Vous connaissez ça…

Maison-Hantee.com : Quels sont les auteurs de ghost-stories qui vous empêchent de dormir ?

Jérôme Noirez : Jean Ray ! L’un de mes maîtres ! Malpertuis est le roman de maison détraquée le plus terrifiant que je connaisse. Henry James. Le Tour d’Ecrou est un roman fabuleux qui montre combien la terreur est une chose minimaliste en définitive. Maupassant aussi, bien sûr… J’aime beaucoup Hoffmann… Bref, je suis assez "ringard" en définitive dans mes goûts en littérature fantastique… Les Matheson, Masterton, Herbert et même King me convainquent un peu moins que ces ancêtres illustres… Ah, tout de même : une mention à Serge Brussolo, qui a fait dans plusieurs de ses romans un usage du fantôme particulièrement intelligent (et vicieux). Par contre, aucun auteur de fantastique ne m’empêche de dormir. Au contraire, la peur ludique et romanesque, moi, ça m’aide à dormir !

Maison-Hantee.com : D’après Alexandre Dumas, « les fantômes ne se montrent qu’à ceux qui doivent les voir ». Considérez-vous le monde des spectres comme un terrain réservé aux connaisseurs ?

Jérôme Noirez : Tout tend à prouver le contraire. Le spectre est typiquement une "res publica". Car s’il y a bien une chose qui appartient à tous, c’est la mort. Mais j’entends aussi ce que veut dire Dumas : on ne voit pas un fantôme par hasard. Il s’adresse d’une façon ou d’une autre à celui qui y est confronté. Cela est vrai. Le fantôme est un double : mon reflet dans le miroir ne se montre qu’à moi (certains matins, ce n’est pas plus mal).

Maison-Hantee.com : Vous êtes à l’origine d’une récente exposition titrée "Spiritisme et technologie du XIXème siècle". Pouvez-vous nous en dire plus ???

Jérôme Noirez : Cette exposition, qui aurait dû être finalisée à la rentrée, est encore en cours de conception (pour des raisons financières en fait). L’idée m’en est venue lorsque j’ai appris qu’Edison, peu de temps avant sa mort, imaginait la possibilité de concevoir une sorte de téléphone branché sur l’au-delà… Il y a un évident parallèle entre la trans-communication spirite et les progrès technologiques au 19e siècle (la radio, le téléphone, le télégraphe), entre les apparitions et la science de l’invisible et de l’impalpable (les progrès de la microscopie, les rayons x, le cinématographe). Sans compter tous les protocoles "scientifiques" dans l’étude raisonnée de la médiumnité. Et à cela s’ajoutent diverses élucubrations d’écrivains (y compris les miennes)… Bref un sujet passionnant qui s’inscrit dans l’intérêt que je porte à "l’imaginaire scientifique".

Maison-Hantee.com : Sur votre site web perso, on découvre le "Fantasmatographe" et une collection de photos spirites truquées. Comment parvenez-vous à concilier science et surnaturel ?

Jérôme Noirez : On ne peut pas concilier science et surnaturel, il y a contradiction : ce que saisit la science cesse d’être surnaturel. D’ailleurs, les parapsychologues évitent (comme le Diable) le mot "surnaturel". Mais on peut, par contre, concilier science et imaginaire : ainsi que je le dis plus haut, il existe un "imaginaire scientifique".

Maison-Hantee.com : Les progrès cinématographiques, notamment en matière d’effets spéciaux, marquent-ils le glas des films d’épouvante ? Quels sont ceux qui figurent en bonne place dans votre filmothèque ?

Jérôme Noirez : Le fantôme est assez rétif aux effets spéciaux, et les quelques tentatives en la matière restent peu convaincantes. Le suggestif conserve son pouvoir. Je ne crois pas que les effets spéciaux, numériques en particulier, sonnent le glas du cinéma d’épouvante, mais je pense qu’ils font mauvais ménage avec lui. D’ailleurs, on a connu ces dernières années un grand retour du suggestif… Le livre de Shirley Jackson n’est pas pour moi le meilleur livre du genre, mais il a inspiré l’un des meilleurs films du genre (La Maison du Diable, de feu Robert Wise). Parmi les films récents, j’ai beaucoup aimé Dark Water et Deux Sœurs. J’ai aussi une grande admiration pour The Shining de Kubrick, dont je n’ai fait qu’esquisser une trop brève analyse dans l’encyclopédie. Parmi les petites perles moins connues : Carnival of Souls de Herk Harvey. Je m’obstine enfin à considérer le Nosferatu de Murnau comme le plus grand film fantasmalogique de toute l’histoire du cinéma ! Cela fait sourciller les gens : « mais c’est un film de vampires pas de fantômes ! » Pour moi, c’est avant tout un film de fantasmes. C’est bien simple : toutes les principales entrées de mon encyclopédie s’y trouvent illustrées d’une façon ou d’une autre !

Maison-Hantee.com : Lors de notre premier contact, vous vous êtes étonné de ne pas avoir connu Maison-Hantee.com plus tôt alors que vous étiez en pleine rédaction de votre encyclopédie. Que pensez-vous du site aujourd’hui ? Parlons-nous le même langage ?

Jérôme Noirez : Figurez-vous que je n’ai jamais tapé sur un moteur de recherche l’expression "maison hantée" ! Donc, je suis passé à côté de votre site… jusqu’à maintenant… Maison-hanter.com est un site tout à fait recommandable avec un véritable contenu (je n’ai pas eu le temps d’entièrement l’explorer, mais j’ai beaucoup aimé le dossier sur le mythe de la maison hantée). « Notre approche est avant tout artistique ! » dites-vous et j’acquiesce à cela. Il vaut mieux satisfaire le goût du public vis-à-vis du "surnaturel" par la promotion du merveilleux et de l’imaginaire (un gagne-pain, des plus honorables, que partagent les illusionnistes professionnels et les écrivains de fantastique) que par celle des pseudo-sciences ou des dogmes para-religieux.

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